Alioum Moussa à l’atelier IAAB, (Bâle) 2006

Le pas dans l’atelier d’Alioum Moussa à Bâle est une décision d’entrer dans un monde qui offre des mystères et des certitudes en même temps. Les derniers se présentent surtout au niveau d’atmosphère qui emballe le visiteur gentiment quand il entre dans cette grande salle qui est à la fois atelier, salle à coucher et cuisine.

Les entraits au béton cru sont partiellement couverts de papier d’affiches avec le motif d’une pièce de pelouse. Cette intervention donne à l’espace une atmosphère si gentille que c’est seulement à la deuxième ou même troisième pensée qu’on est irrité du fait que l’artiste a mis le monde sur sa tête. Aussi le paroi est couvert partiellement par une sorte de papier peint – mais ce n’est pas une maniéré d’ornement, mais plutôt la documentation d’une recherche que l’artiste Camerounais a fait dans la ville de Bâle: les Bâlois et leur déchets.

En fait, ce n’est pas vraiment le contenu de ces sacs bleus qui l’intéresse, mais le sac lui-même et comment les gens le traitent. Et les Bâlois le traitent parfois vraiment comme un objet d’importance: Le bleu est toujours splendide et la propreté du sac fait oublier son contenu sale.

Les sacs sont posés parfois seuls, parfois en groupes et semblent ainsi mener une vie sociale: Ici le pauvre sac solitaire, pliés tristement au ventre s’appuyant au mur, là un groupe fier, posé en ligne comme des soldats en marche. Les surfaces et leur contenu qui pouvais pensé que ces sacs donneraient le matériel idéal pour un imperméable à la mode? Alioum Moussa, qui est aussi graphiste, designer et modèle l’a très vite découvert: Ainsi le sac devient en effet un « Bebbi-Sack » comme les Bâlois nomment leur sacs à déchet: Il ne contient plus les déchets, mais les « Bebbis », ce qui es le mot local pour les Bâlois.

Près de tous ces travaux en papier et plastique, on voit des tableaux en couleurs de terre et qui rappellent au premier vu l’art « naïf ». Mais arrête! A la deuxième vue on constate, qu’il s’agit de sacs de déchets non bleu mais blancs ou bruns! Ils sont très dynamiques, semblent danser! Une image d’un sac de déchets africanisé? Mais non, ce qu’on voit n’est pas Camerounais ni Suisse, ni uniquement Bâlois, ni vraiment étranger. L’installation – ou s’agit-il de plusieurs? – est une invitation ouverte à se plonger dans un espace nouveau et bien connu en même temps. Les objets du quotidien constituent dans cet atelier un espace inconnu et à découvrir.

Les mystères ne repoussent pas le visiteur, cette collection riche en couleurs, matières et formes est plutôt un paradis pour les sens, provoquant l’intellect et le dupant au même moment. Diverses boîtes qui semblent contenir quelque chose, sont dispersées au fond qui est aussi couvert du papier vert d’affichages. On hésite à conclure des chiffres et images aux surfaces sur le contenu des boîtes: Qu’est-ce que signifie un timbre sur une boîte lorsqu’il y a des autoportraits de l’artiste sur les autres? Si on prenait une boîte dans les mains serait-elle lourde ou bien vide? Est-ce que la boîte est vraiment vide si elle porte l’autoportrait de l’artiste sur sa surface ? Ne contient-elle pas peut-être son âme ? Peut-être une idée créative que nous ne découvrirons jamais car elle va rester dans la boîte enfermée ou bien nous échappe juste à l’instant ou nous ouvrons le paquet une boîte de Pandore? Et qu’est qui s’est passé avec les fenêtres de l’atelier? A côté de la cuisine elles sont grandes et ouvertes comme toujours.

Mais là où on trouve les boîtes par terre on constate, qu’Alioum Moussa a aussi emballé le mur d’une manière qui lui permettait de récupérer les fenêtres en les « coupant » dans cet emballage. Intérieur extérieur, surface contenu, les choses commencent à irriter d’une façon gentille et tendre. Toutes les petites interventions dans cet atelier sont en dialogue avec les autres, et ainsi on est incapable de dire si c’est une ou plusieurs installations, où elles commencent et où elle finissent, si on est dedans et à quel point on va être dehors.

Les objets semblent avoir leur propre silence, une paix étonnante face au développement en procès et ce mouvement permanent qu’on peut observer chaque jour dans le studio de l’artiste. L’un ne dérange pas l’autre, mais tout s’entrelace. Ce sens de légèreté et de clarté se fait surtout grâce à l’énorme attention que Alioum Moussa leur attribue une attention qu’il donne aussi à ses visiteurs, ses amis, son environnement. Trois jours en Suisse et la première fois en Europe il faisait l’impression d’avoir trouvé déjà beaucoup de règles invisibles de la vie et des codes sociales à Bâle et en Europe en générale. Tandis très actif, engagé et productif, on ne trouve jamais Moussa « stressé » ou même manquant du temps. Il a toujours du temps. Pour l’art, pour sa prière, pour ses amis, pour nouvelles connaissances. Du temps et l’attention qu’il faut pour être capable à comprendre de choses ou au moins essayer à les comprendre.

Et pour la tentative de déchiffrer certaines relations, liens, connections, lois invisibles dans l’espace, dans les conversations philosophiques, dans des actions sociales. L’artiste, habitant de Douala, une des cités les plus soumise à des changements politiques, économiques et sociaux, a tout à fait compris que toute la vie est dans un procès continue que rien ne reste comme avant.

Mais au lieu de se jeter dans la lutte désespérée de courir encore plus vite que l’environnement, il est assez conscient de la valeur d’un seul moment bien saisi pour comprendre et aimer le mystère du processus. Une expression très précise et personnelle de cette attitude est une série de photos prises au bord du Rhin, représentant les jambes des gens qui ont croisé le chemin de l’artiste en se promenant au bord du Rhin. Le moment fugitive et superficiel est retenu par l’appareil et tissé avec des pensées écrites qui occupaient Alioum Moussa au temps de sa production, des pensés qui se déroulent à l’intérieur, ignoré par ceux qui croisent le chemin à la surface de la terre…Le regard en bas, pendant que les réflexions s’adressent à l’intérieur, évitant les visages qui pourraient chercher une conversation, les images se font dans un niveau bizarre entre l’invisible et les apparitions réels mais non reconnus. Quoique plus dialectique que l’installation, le processus permanent de vision, sentiment et réflexion dans cet oeuvre ne permet pas de discerner des frontières entre le moi et les autres, entre un territoire marqué et un espace sans frontières. La vie attentive se déroule partout et découvre les liens entre ces espaces apparemment différents.

Fiona Siegenthaler, Chercheur en Anthropologie de l’art contemporain
Bâle, Suisse, Octobre 2006

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